Adapté de la pièce de Catherine Banks et produit par Melani Wood, le film Bone Cage, réalisé par le cinéaste de Halifax Taylor Olson, a fait des débuts remarqués au FIN. Le film a raflé les prix dans toutes les catégories dans lesquelles il était en nomination. Taylor a remporté le prix Gordon Parsons pour le meilleur long métrage, le prix pour la meilleure réalisation et le prix Michael Weir pour le meilleur scénario, et Kevin A. Fraser a reçu le prix pour la meilleure direction de la photographie.

Le Fonds des talents a eu la chance de s’entretenir avec Taylor qui a parlé de son parcours dans la réalisation de ce film, tout en offrant des conseils aux cinéastes émergents et en partageant ses réflexions sur les moyens de laisser une impression durable dans l’esprit des spectateurs.

 

1. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir cinéaste?

C’est difficile de déterminer le moment où j’ai décidé de devenir cinéaste. C’est cliché, mais comme la plupart des gens, quand j’étais enfant, je faisais de petits films dans les bois avec mes amis avec des caméscopes à moitié brisés. J’étais du genre à regarder le même film 100 fois et à essayer de deviner comment « ils avaient faits ». Ça peut sembler étrange pour plusieurs raisons, mais j’ai regardé The Legends of the Fall presque tous les soirs pendant un an. C’était assez clair que j’étais queer n’est-ce pas? Ha! Ce fut probablement les premiers pas involontaires que j’ai faits pour me diriger vers le cinéma. J’ai travaillé comme acteur pendant environ les six premiers mois qui ont suivis mes études en théâtre, mais chaque fois que j’étais sur un plateau de tournage, ça me donnait le goût de faire mon propre film, de raconter ma propre histoire, de partager quelque chose de profondément personnel. Je pense que je voulais désespérément trouver ma propre voix, qui j’étais comme artiste et être humain, partager quelque chose de secret par l’art. John Dunsworth a été incroyablement bon et généreux pour moi avant son décès et il m’a poussé à oser au risque de me casser la gueule. Je me la suis cassée, et ça a été OK. Après avoir regardé le film terre-neuvien Cast No Shadow, réalisé par Christian Sparkes, j’ai été ébloui que des films canadiens aussi incroyables se fassent, même en plein cœur des Maritimes. Depuis lors, j’ai réalisé qu’il y a une profusion de grands films canadiens. Après ça, il n’était plus question pour moi de faire marche arrière.

 

2. Qu’est-ce qui vous a inspiré à réaliser votre film?

À l’université, j’ai lu la pièce Bone Cage de Catherine Banks et j’ai tout de suite adoré. Ma famille a vécu dans de petites villes d’exploitations forestières la majeure partie de ma vie et a travaillé dans l’industrie forestière. Je connaissais les effets dévastateurs liés à la coupe à blanc et savait qu’il fallait se faire une armure quand on gagne sa vie à détruire la Terre. On en vient à détruire notre âme. Quelques années plus tard en 2017, j’ai eu la chance de jouer Jamie au Matchstick Theatre dans la production de Bone Cage et après deux jours de répétitions, je savais que je voulais l’adapter au grand écran. Cette histoire m’a profondément touché personnellement, même si elle a été écrite par Catherine – l’une de mes dramaturges préférées – et je savais que je devais l’explorer selon ma perspective.

 

 3. Quel conseil donneriez-vous aux cinéastes canadiens émergents intéressés à participer au programme Talents en vue?

Osez. Réaliser un premier long-métrage, c’est vraiment génial. Bien sûr, vous devrez tenir compte du budget dans la création de l’histoire, mais vous aurez la liberté d’expérimenter et de prendre des risques, d’utiliser votre propre voix, d’exprimer votre vision. Amusez-vous. Racontez une histoire que vous brûlez d’envie de partager. Osez.

 

4. Pourquoi les histoires sont-elles si importantes?

Wow. Grande question. Je ne sais pas du tout si je peux même oser espérer commencer à y répondre, même selon ma propre perspective, mais je vais essayer. Avez-vous déjà vu un film ou une pièce de théâtre ou encore écouté une pièce de musique qui a changé la façon dont vous voyez le monde? Ou qui vous a touché si profondément que vous avez pleuré ou ri jusqu’à en avoir mal au ventre? Peut-être que l’effet que ça aura eu sur vous ou que ça pourrait avoir sur la société vous a d’abord perturbé et que vous en avez été irrité, puis tranquillement vous avez réalisé que vous ne pouviez pas arrêter d’y penser? À la manière dont ça aura remis en cause votre manière de penser, vos sentiments, vos préjugés? Je pense que c’est pour ces raisons que les histoires sont si importantes. Elles ont le pouvoir de nous sortir de nous-mêmes et de nous permettre d’avoir de l’empathie pour l’expérience d’une autre personne, ou de nous faire sentir que nous sommes « vus ». Les histoires influencent la culture. Donc, en racontant des histoires, nous pouvons rebrasser la culture canadienne de manière à en promouvoir les valeurs de bonté, de courage et d’inclusion. Un directeur de théâtre avec qui j’ai travaillé avait l’habitude de dire ceci : « nous ne sauvons pas de vies, nous les changeons ». Ça semble prétentieux, j’imagine, mais je pense que c’est vrai parfois.

 

5. Quel impact le cinéma a-t-il sur le monde?

Un peu comme je l’ai mentionné plus tôt, tout ce que vous devez faire pour connaître l’impact des cinéastes est de demander à vos amis quels sont leurs films préférés et pourquoi. Voyez comment leurs visages s’illumineront. Peut-être auront-ils même une histoire personnelle à raconter en raison de ce film qui les a émus.

 

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